1, rue des petits-pas

J'avais déjà lu la Grande Guerre. L'atrocité des tranchées (A l'ouest, rien de nouveau), l'interminable confusion de l'après-guerre (Un long dimanche de fiançailles), le difficile retour des poilus (Au revoir là-haut), mais cette découverte de l'après-guerre au c½ur des régions sinistrées m'a encore une fois ébranlée. Alors qu'avec la victoire on aurait pu croire à une période festive, c'est une ambiance sombre, lugubre, oppressante que l'on ressent dans ce village Lorrain, perdu dans la campagne, à une encablure de Verdun.

Après avoir survécu tant bien que mal dans un camp de réfugiés durant les combats, une poignée de femmes s'attèle à faire renaître ce hameau dépeuplé. Malgré les ravages de la guerre, tant physiques que psychologiques, la vie reprend petit à petit, au rythme des retours et des d...

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Chronique des jours de cendre

Si la vie est parfois injuste, la guerre elle, l'est inéluctablement.

Bagdad, 2007. Les États-Unis ont fièrement libéré l'Irak du joug de l'oppresseur et, sous couvert d'instaurer une démocratie, ont rendu plus misérable encore la vie des irakiens. Prise en étau entre une armée américaine arrogante et violente, et des groupuscules plus ou moins islamistes, plus ou moins révoltés, mais tout aussi violents et arrogants, la population irakienne manque de tout, sauf de raisons d'avoir peur.

Le monde entier avait condamné les Irakiens à crever de faim pour expier les méfaits de Saddam Hussein.

C'est dans ce climat apocalyptique que nous allons suivre en parallèle les tribulations de trois jeunes gens, piégés au c½ur de ce conflit absurde et brutal. Naïm, l'artiste rêveur qui décide de s'engager dans un groupe terroriste, non par idéologie religieuse mais par pur esprit de vengeance, afin de bouter hors de son pays l'envahisseur américain. Sohr...

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Le Code Rebecca

Faut que je vous avoue un truc : j'ai un défaut de conception, j'ai été livrée avec le neurone "espionnage" atrophié ! Ma malédiction, c'est que j'aime plutôt bien ce genre... mais je n'y comprends rien !!! Tom Clancy et John Le Carré me sont irrémédiablement inaccessibles, j'ai même du mal à comprendre les films de James Bond ! Heureusement Ken Follet lui, il est cool ; avec un seul espion, des méchants nazis, des gentils anglais, et surtout pas d'agents doubles (ni triples !) il rend l’espionnage accessible à mon cerveau affaibli !

Si la seconde guerre mondiale se prête bien à ce genre d'intrigues, la difficulté – dépassée ici haut la main par l'auteur – c'est d'arriver à maintenir un suspens palpitant, alors même que la fin est connue de tous. Je pense ne spoiler personne en dévoilant que les nazis ont perdu la guerre, aussi bien en Europe que dans le désert africain !

On retrouve dans Le code Rebecca, tout ...

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Quand le diable sortit de la salle de bains

Ce bouquin m'a hypnotisée. Déjà depuis le rayonnage de ma librairie, avec sa couverture envoutante, il m'appelait. Impossible de repartir sans lui, malgré mon panier déjà bien rempli. Je l'ai ensuite longuement contemplé avant de le lire. Une couverture épurée, douce au toucher, des pages de couleurs différentes, des calligrammes... l'objet était une énigme à lui tout seul.

Puis j'ai plongé, dans cette lecture délicieusement déjantée. Des personnages qui s'incrustent dans le récit pour le faire coller à leur bon plaisir, des digressions, certes parfois un peu longuettes, mais toujours emplies de folie, des dialogues complètement improbables où la fantaisie prend le pas sur la réalité...

Bref, un texte absolument génial qui rend légère une lecture sur un sujet qui ne l'est pas : la pauvreté. Entendons-nous bien, on ne parle pas ici de la misère noire, mais bien de la pauvreté ordinaire. Un chômage qui s'éternise, des fins de mois...

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La femme gelée

Il m'aura fallu du temps pour accoucher de ce billet. J'ai été tellement chamboulée que j'ai eu du mal à mettre en mots mes émotions. Je n'ai d'ailleurs pas l'impression d'y avoir vraiment réussi.

Je me suis sentie tout à la fois heureuse et triste à la lecture de ce livre. Heureuse de m'y être reconnue, d'avoir eu la sensation que ma vision de la Femme était partagée. Et triste, tellement triste de prendre encore un peu plus conscience de tout le chemin qu'il nous reste à faire, à nous les femmes, avant d'arriver à la liberté qui nous est si chère. Dieu qu'elle est douloureuse cette prise de conscience. Moi la femme libre du XXIe siècle qui concilie allègrement travail, famille et loisirs… et sourire… dans quelle mesure puis-je considérer que mes choix ont été dictés par mon libre arbitre plus que par la société qui m'entoure. Suis-je vraiment libre ?

J'ai rarement ressenti une aussi clairvoyante compréhensi...

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Dans le café de la jeunesse perdue

Depuis l'annonce de son prix Nobel de littérature, j'avais à c½ur de découvrir l’½uvre de Modiano. En effet, à une exception près (désolée M. Camus, le bac de Français n'aura certainement pas contribué à améliorer nos relations...), j'ai apprécié tous les Nobelisés auxquels je me suis confrontée jusqu'à présent, de Faulkner à Mauriac sans oublier la génialissime Pearl Buck. Alors vous pensez bien qu'un prix Nobel, français et contemporain, j'étais littéralement incandescente !

La douche n'en fut que plus glaciale. Quelle déception ! Tous les ingrédients étaient pourtant réunis pour faire un bon, même un très bon bouquin. Une narration originale, une riche palette de pers...

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Hate List

Mon Dieu, quelle force se dégage de ce roman ! Brut, intelligent, sans mièvrerie ni bons sentiments, il est tout simplement poignant.

Val et Nick sont ce qu'ils appellent des losers. Comme nombre d'ados, ils ne sont ni populaires, ni brillants, juste mal dans leur peau ; et les tensions familiales ainsi que les railleries qu’ils subissent au quotidien n'arrangent pas leur tempérament... Alors ils évacuent la pression avec une liste, une liste secrète, sur laquelle ils recensent tout ce qu'ils détestent ; de la pompom girl reine du lycée aux "gens qui disent « je suis désolé » à la fin de chaque phrase" en passant par l'algèbre et la prof de physique. Pour Valérie cette Hate List n'est qu'une soupape de sécurité, une échappatoire bien inoffensive... Mais quand le fantasme salvateur devient une réalité meurtrière, c'est tout son monde qui bascule.

Si la prose de Jennifer Brown n'a rien d'exceptionnel, son propos lui, est par...

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Les heures silencieuses

Admirer un tableau, entrer en son c½ur, jeter un ½il à droite, à gauche, puis laisser son imagination écrire le reste... C'est comme ça que j'apprivoise l'art, et c'est exactement ce qu'a effectué Gaëlle Josse dans ses heures silencieuses.

A partir du tableau d'Emanuel de Witte « Intérieur avec une femme au virginal » elle nous emmène dans la vie de Magdalena van Beyeren, au c½ur de la bourgeoisie commerçante néerlandaise du XVIIᵉ siècle.

Avec sa plume délicieuse, elle nous fait partager le temps d'une saison, les préoccupations de mère, d'épouse et de femme d'affaires d’une riche héritière que la vie n'a pourtant pas épargnée. Sans se plaindre, Magdalena nous livre son histoire, tout à la fois émouvante et banale pour l’époque. Et malgré les trois siècles qui nous séparent, je me suis sentie vraiment proche de cette jeune femme de mon...

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La Théorie de la tartine

Hey, dis donc madame Titiou, tu peux me dire comment tu fais pour faire mouche à chaque fois que tu prends ta plume, ton stylo, ton clavier ? Comment tu fais pour pondre des réflexions aussi riches tout en les déguisant en chick-lit drôle et addictive ? Hein ? Parce que les auteurs du moment, souvent ils prennent un peu le melon, ils (s')alourdissent jusqu'à l'éc½urement. Mais toi, que tu nous prépares des morues ou des tartines, elles sont toujours fraîches et légères, appétissantes, et bien nourrissantes. Un vrai régal.

Titiou, j'aime ta vision de la vie. J'aime ton blog et tes théories, j'aime ta perception de la Femme, tes les listes et ta vision d'Internet. Cet Internet que comme toi j'aime explorer, fouiller, décortiquer de fond en comble, avachie dans mon canapé, emmitouflée dans un vieux pyjama en pilou, en ingurgitant tout et surtout n'importe quoi, et en m...

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Profession du père

Encore une fois je suis bouleversée.

Encore une fois, je ne trouve pas les mots justes pour exprimer mon ressenti.

Encore une fois, Sorj Chalandon nous immerge dans la guerre. Dans les guerres. La guerre d'Algérie, qui sert de catalyseur à la folie du père, mais aussi la guerre silencieuse, familiale. Une petite guerre dans la grande, tout aussi destructrice. La folie d'un seul homme peut bouleverser à jamais la vie de tant d'autres.

Encore une fois monsieur Chalandon me prend aux tripes avec un roman magistral, violent et tendre à la fois.

Et encore une fois je me suis laissé envahir par la symphonie des mots. Je me suis nourrie de chaque phrase, de la justesse de chaque mot.

Encore une fois je m'émerveille devant la magie qui sait transformer l'horreur en nostalgie, l'infâme en poési...

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