Les nuits de Reykjavik

Agréable retour aux sources ! Non seulement on retrouve (enfin !) notre inspecteur islandais préféré, mais on en apprend un peu plus sur son passé. Enfin, on en apprend plus... on apprend surtout qu'Erlendur a toujours été Erlendur ! Même à vingt ans, il était déjà taciturne, solitaire et réfractaire à la modernité !

Entre deux patrouilles nocturnes, déjà obnubilé par les disparitions inexpliquées, notre jeune policier municipal enquête pour son propre compte. Une première enquête criminelle qui s'inscrit dans le côté sombre d'une société islandaise en pleine évolution, ouvrant avec brio la voie à la foisonnante carrière d'Erlendur.

L'auteur ne déroge pas aux codes qui ont fait son succès. Un rythme lent, un fort sujet sociétal, peu d'action et beaucoup de profondeur dans la psychologie des personnages. Encore un très bon cru d'Arnaldur Indriðason.

Les hirondelles de Kaboul

Ô Kaboul la millénaire ! Ô Kaboul la merveilleuse ! Qu’ont-ils fait de toi ? Une prison à ciel ouvert où les hommes sont devenus des bêtes et les femmes des fantômes. Un champ de ruines où la beauté est un péché, la joie un blasphème. Où la mort domine la vie.

Dans cet enfer sordide, quatre destins vont se nouer ; la tragédie se dessine, amère, bouleversante, inexorable. Yasmina Khadra a su saisir toute la détresse de ces humains qui se débattent sans même espérer reprendre pied, hébétés, submergés par l’absurdité de leur monde.

Une claque ! Tellement violente que je n’arrive pas à parler de coup de c½ur, même si je ne peux que vous encourager à vous lancer dans cette lecture nécessaire. En fermant ce livre, une question me hante, lancinante : Pourquoi en est-on arrivé là ?

La trilogie berlinoise

Un contexte historique sombre. Un détective flegmatique à la répartie acérée. Des méchants particulièrement sournois et pernicieux. Le tout narré avec brio par un auteur à la plume franche et virtuose de la métaphore. Voilà de quoi constituer une trilogie berlinoise de haut vol.

Être cynique c'est, pour un détective, l'équivalent de la main verte pour un jardinier.

Désabusé et idéaliste, amateur de cognac et de porte-jarretelles, chatouilleux de la gâchette et surtout pourvu d’une chance extravagante… Si Bernhard Gunther correspond à l’archétype du détective, l’univers dans lequel il évolue est nettement plus atypique. Dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler celle de Fatherland – uchronie mise à part – l’auteur nous immerge en pleine Allemagne nazie. Et quoi de mieux pour (re)découvrir l’Histoire, que d’y entrer par la ...

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Top dix 2015

Avant d'attaquer une nouvelle année de découvertes littéraires, il me semble important de faire un bilan de l'année écoulée. Avec une petite cinquantaine de romans dévorée, quelques déceptions mais surtout de belles découvertes, et surtout la création de ce blog, 2015 aura été pour moi une année littéraire riche. Il est intéressant de constater qu'avec le recul, les impressions évoluent. Certains livres classés en coup de c½ur à la lecture ne m'ont finalement pas laissé un souvenir très net, quant à d'autres pour lesquels j'étais moins emballée, ils se sont distingués sur le long terme.

J'ai donc décidé de faire le point sur les 10 livres qui ont marqué mon année 2015.


1- Une odeur de gingembre (Oswald Wynd)

Indiscutablement mon coup de c½ur de l'année. Entre ...

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Thérèse Desqueyroux

J'ai rencontré François Mauriac en classe de 4ème, grâce à ma génialissime prof d'histoire-géo qui nous prêtait des livres de sa bibliothèque personnelle. Le Sagouin m'avait alors bouleversée, mais de Thérèse Desqueyroux je n'avais qu'un souvenir vaguement nauséeux. J'étais trop jeune à l'époque, trop Anne, pour comprendre ce chef-d’½uvre. Aujourd'hui en revanche, je me sens plus proche de Thérèse. Je partage son besoin permanent de (se) comprendre tout autant que son goût pour la solitude. Et si je ne me suis pas engagée dans un mariage sans âme, c’est que contrairement à elle, j’ai pu prendre mon temps. Je ne suis pas passée loin d’un Bernard, mais heureusement j’ai su dire stop à temps. Je frémis en imaginant ce que ma vie aurait pu être...

Dans un style entêtant, qui vous colle à la peau comme la moiteur des étés d'Argelouse, l’auteur ...

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Prodigieuses Créatures

1810, Lyme Regis. Suite au mariage de leur frère, Louise, Margaret et Elizabeth Philpot se retrouvent exilées dans cette petite station balnéaire du Dorset. Leur rencontre avec la toute jeune Mary Anning va raviver une existence qu'elles envisageaient monotone.

Si le travail de documentation de l'auteur est indéniable, l'orientation qu'elle a voulu donner à son récit est plus incertaine. Ni vraiment une biographie, ni tout à fait une fiction, tout à la fois conflit théologico-scientifique, plaidoyer féministe et tentative de bluette à la Austen, elle semble avoir eu du mal à se décider ! J'ai aimé m'initier à la paléontologie aux côté des deux femmes, en revanche leur comportement m’a paru superficiel. Elizabeth est d’une telle puérilité ! Comme si le fait d'être vieille fille la transformait en éternelle enfant. Le caractère de Mary est plus recherché mais manque tout de même de relief. L'une et l'autre s'étonnent plus qu’à leur tour de la place que leur ...

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Cette main qui a pris la mienne

Lexie. Elina. Deux jeunes femmes qu'un demi-siècle sépare. Toutes deux cherchent leur place dans le monde, l'une professionnellement, l'autre bousculée par une maternité difficile. Toutes deux luttent pour trouver un équilibre entre liens affectifs et émancipation. Si différentes et pourtant si proches dans leur volonté d'avancer, leur destins vont se trouver étrangement liés. Je n’en dirais pas plus sur l’intrigue, car à mes yeux la magie des récits de Maggie O'Farrell réside dans la découverte par touche infinitésimale de l'intrigue.

Maternité et féminité se croisent et s'entrelacent dans cette bouleversante pépite, sans jamais réellement atteindre cette utopique harmonie "mère - amante - femme active"  qu'on nous fait si souvent miroiter. Les émotions sont traitées avec une justesse saisissante, sans complaisance ni mièvrerie. Même les "méchants" m’ont touchée. On re...

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Seul sur Mars

J'ai lu un livre qui se passe sur Mars... et j'ai aimé ça !

J'avais besoin de légèreté, d'un roman facile à lire et suffisamment addictif pour monopoliser mon esprit endolori. Alors j'ai choisi ce bouquin – chaudement recommandé par mon geek de mari – que je n'aurais certainement jamais ouvert en d'autres circonstances (et avec une pesanteur de 3,7 m.s-², question légèreté j'étais servie). Quant à l'addictif... Finir un bouquin à 3h du matin malgré les yeux qui s'obstinent à clignoter, et la perspective du réveil qui s'approche dangereusement, ça faisait des années que ça ne m'était pas arrivé. Comble du comble, il aura fallu que ça soit un bouquin de Science-Fiction qui y parvienne, bel exploit monsieur Weir.

Moi qui me plais à me qualifier de scientifique littéraire, j'ai été très agréablement surprise par « Seul sur Mars » qui concilie ces deux domaines sans tomber dans les travers class...

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Celles de la rivière

Quelle belle surprise que ce premier roman de Valérie Geary, juste mélange de thriller et de récit initiatique, saupoudré d'une pincée de mysticisme.

Dans le décor empreint de nature d'une petite ville d'Oregon, on suit Sam et Ollie, deux s½urs qui viennent de perdre leur mère. La découverte d'un cadavre vient chambouler le lien fragile qu'elles commençaient à tisser avec leur père. L'ainée n'aura de cesse de prouver par tous les moyens, l'innocence de ce père un brin misanthrope tandis que la cadette, muette depuis le décès maternel, cherche plus globalement à comprendre et à se faire comprendre du monde hostile qui l’entoure. Chacune à leur manière, elles vont tout mettre en ½uvre pour tenter de retrouver un semblant d'équilibre.

L'écriture est agréable et originale, l'alternance des narrations donne de la profondeur au récit et affine la psychologie des filles. Sam, l'ado blessée, terre à terre, un peu rebelle mais surtout terriblement malheureuse. Et Ollie, p...

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Aujourd'hui

Aujourd'hui, j'ai mal. J'ai envie de pleurer, j'ai envie de vomir. J'ai juste envie de me rouler en boule sur mon lit, de sucer mon pouce en me cachant sous la couette et de ne plus jamais sortir de mon nid douillet.

Mais aujourd'hui, je suis aussi un autre moi. Un moi qui refuse de céder à la pression, qui refuse de laisser son libre arbitre aux mains d'une bande de voyous, lâches, bêtes et méchants. Parce que je sais que c'est en affrontant la réalité qu'on arrivera à la faire changer. C'est en restant debout, fiers et droits dans nos bottes, qu'on gagnera face à l'obscurantisme, face AUX obscurantismes qui émergent de part et d'autre.

Aujourd'hui j'ai peur. Peur de ces violences aveugles bien sûr. Mais aussi peur de la montée de l'intolérance, peur de voir mes convictions bafouées au nom d'une sécurité qui n'existe pas. J'ai peur de la haine qui m'entoure. Ce n'est pas la haine qui vaincra la haine, mais l'intelligenc...

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